Une histoire de tournage
Gina prend chambre dans un hôtel de Louiseville, en Mauricie, où elle vient faire la stripteaseuse. Elle s'y lie d'amitié avec un groupe de jeunes cinéastes de « l'Office national du cinéma » qui effectue un tournage sur l'industrie locale du textile. Une joyeuse routine s'installe pour l'équipe, qui filme les travailleurs le jour et qui assiste aux stripteases le soir. Mais, une nuit, Gina se fait violer par des motoneigistes désoeuvrés qui squattent l'épave d'un cargo, tandis que le réalisateur du film tient enfin la pièce principale de sa quête : il recueille le témoignage d'une ouvrière qui a décidé de briser le silence entourant les conditions de travail sordides de ses collègues. Le lendemain du drame, les cinéastes sont expulsés de l'usine par la direction et doivent renoncer à leur tournage, censurés par leur propre employeur. L'équipe doit rentrer à Montréal. Gina finira par obtenir vengeance du crime qu'elle a subi, avec l'aide de la pègre qui l'emploie : ce sera le massacre des motoneigistes. On retrouve pour leur part les cinéastes à Montréal, employés à une nouvelle affectation : le tournage d'un mélodrame mièvre, joué par les vedettes de l'heure.
Pied de nez à la censure
Avec Gina , œuvre de fiction, Denys Arcand jouait un vilain tour à la censure : il y citait explicitement une autre de ses œuvres, le documentaire On est au coton , que l'ONF avait censuré pour ses propos gauchisants. Transposant l'usine de textile de Coaticook à Louiseville, il faisait dire à ses acteurs les paroles exactes que les travailleurs lui avaient confiées dans son documentaire interdit. La société mafieuse qui entourait le personnage de Gina devenait la métaphore d'un patronat brutal et les motoneigistes violeurs n'étaient que le produit prévisible de la misère crasse entretenue par le capitalisme.
Une station sur le chemin de croix de Denys Arcand
Dans la scène finale de Gina , Arcand fait dire à son cinéaste fictif, frustré dans sa quête de vérité : « Vaut-il encore la peine de faire du cinéma? » Il y répondra sept ans plus tard avec le film Le confort et l'indifférence , suivi de ses grandes œuvres de la maturité, comme Le déclin de l'empire américain , Jésus de Montréal , ou Les invasions barbares , gagnant d'un Oscar