Un long fleuve tranquille
Le fleuve Niger parcourt 4184 kilomètres, de la Guinée au Nigeria en passant par le Mali et le Niger, avant de se jeter dans l'Atlantique. Une grande partie de la vie du Mali en dépend. C'est dans ce pays que Sylvain L'Espérance a dirigé sa caméra, surtout dans la région de Mopti. Le Niger est un long fleuve tranquille, même quand la crue des eaux forme d'immenses lacs qui s'évaporent après quelques mois. Mais la vie des Maliens sur ses berges n'a rien de tranquille, surtout que depuis quelques années, la crue saisonnière n'est plus aussi abondante qu'elle l'était.
Des personnages ancrés dans la tradition
Le fleuve Niger constitue la principale voie de communication du pays. Une grande partie de la population vit sur ses berges. Il y a bien sûr tout ce qui est relié à la pêche: le réalisateur suit une famille de pêcheurs qui doit se déplacer là où le poisson se dirige au gré de la crue du fleuve, ce qui empêche ses enfants d'aller à l'école; une vieille vendeuse lui explique que les stocks ne sont plus ce qu'ils étaient. Pour pêcher, ou simplement pour transporter les marchandises sur le fleuve, il faut des pinasses (pirogues); on assiste alors à leur fabrication. Pour les bateaux plus gros, il faut des pilotes expérimentés; on en rencontre un. Le long du fleuve poussent des herbes dont les agriculteurs nourrissent leurs troupeaux bovins, mais les pâturages sont pauvres et ils doivent pratiquer la transhumance. Tous ces gens vivent selon les traditions ancestrales.
Un regard chaleureux
L'Espérance a filmé ses personnages avec le même esprit du cinéma direct que Pierre Perrault et ses collaborateurs l'ont fait avec les riverains du fleuve Saint-Laurent. Sa caméra a su écouter les gens et elle a adopté leur rythme de vie. On découvre comment ils forment une sorte d'écosystème avec le cours d'eau. Mais cette vie ne pourra se prolonger encore longtemps, avec l'augmentation de la population, l'épuisement des ressources, les exigences des jeunes pour une vie plus moderne. «Sans instruction, tu as les yeux bandés», souligne le pêcheur analphabète.