L'innocence perdue
On est en 1987. Cinq filles de 17 ans se retrouvent au chalet des parents de Sophie, près d'un lac dans une campagne éloignée, pour un dernier party avant d'entrer au cégep. Manon et Sophie vont «sur le pouce» chercher de la bière au dépanneur du village voisin. Pour le retour, un jeune homme dans une jeep les embarque, puis il les amène à l'écart, les viole toutes les deux, tue Sophie et mutile Manon. Quinze ans plus tard, cette dernière apprend que le violeur est en libération conditionnelle. Elle avait coupé les ponts avec les copines pour fuir tout ce qui pouvait rappeler le drame, mais il est temps de s'en libérer vraiment. Elle convainc Anne, Claudia et Isa de revenir avec elle au chalet. C'est un exorcisme pour Manon, qui pourra maintenant tomber amoureuse.
Les séquelles de la violence
Dans une esthétique sobre, mais qui amène lentement à un paroxysme presque insoutenable quand Manon revit et raconte la scène du crime, la réalisatrice soulève une réflexion profonde sur les séquelles d'un tel drame : la difficile survie au viol de l'âme, pire que celui du corps; l'incapacité à aimer pour la violée qui a survécu; la coupure des amitiés; la peur dont on ne peut se débarrasser; le ressentiment et le désir de vengeance; la douleur des parents qui ne reverront plus jamais leur fille et dont les relations sont difficiles parce que la mère a pardonné au violeur. Les conséquences des libérations conditionnelles sont souvent un nouveau drame pour les victimes d'un crime violent. Peuvent-elles croire en la réhabilitation du criminel ? Va-t-il revenir hanter les victimes ? «Je ne voulais pas donner de réponse, affirme la cinéaste, parce que c'est le genre de sujet auquel on ne doit pas en fournir». Elle a surtout voulu livrer un message d'espoir : «Par-delà leur traumatisme, je leur dis aux victimes : vous pouvez vous en sortir.»