Cinéma Québécois

Quête

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Mourir à tue-tête

Genre(s)
drame de mœurs
Support(s)
35 mm
Durée
96 minutes
Année de sortie
1979
Budget
400 000 $

Bien des sortes de viol

Une cliente d'un thérapeute, une jeune actrice en audition, une disciple d'un gourou, une secrétaire, une épouse : cinq courts récits de viols avant que ne débute le récit principal. Suzanne, infirmière, rentre chez elle, à minuit, après son travail. Elle est agressée par un homme qui l'amène de force dans son camion, la bat, l'insulte, la viole. L'examen médical et la déclaration au poste de police qui s'ensuivent sont ressentis comme le prolongement du viol. Des documents d'archives élargissent le sujet à toutes ces femmes qui, durant la guerre du Viêt-nam, entre autres, servent de distraction aux guerriers; à cette pratique barbare encore pratiquée en Afrique: la clitoridectomie, «le viol le plus absolu, celui de la femme dans la femme»; à ces femmes à la tête rasée en 1945 parce qu'elles avaient fréquenté des soldats allemands. Dans un tribunal stylisé, un procès est fait à toutes les formes de viol, mais réduit à sa voix, impersonnelle, le juge ne comprend rien. Même avec l'aide de son ami, Suzanne ne réussit pas à surmonter l'épreuve ; elle se suicide deux mois plus tard.

Filmer de la bonne façon

Une esthétique très particulière ajoute au sens de ce film. Filmée en caméra subjective, la séquence du viol de Suzanne place les spectateurs dans la situation de la violée, et, du coup, évacue toute érotisation. La séquence du tribunal présente d'extraordinaires jeux de lumière qui mettent en valeur tous les témoignages. Des raccords brillants (le cri de Suzanne et celui des Vietnamiennes), le jeu de Germain Houde sous cinq maquillages différents, le fondu au blanc de la mort, le jeu du miroir à deux reprises, etc., renforcent l'invitation à la réflexion. À trois reprises, toujours sur le mode de la fiction, la réalisatrice et la monteuse (jouées par Monique Miller et Micheline Lanctôt) commentent l'histoire de Suzanne. La musique d'accompagnement, où Maurice Blackburn utilise l'orgue, des sons synthétiques et les ondes Martenot, sert de complément réflexif à l'image.

Pour s'en sortir

Le message est clair : il faut crier à tue-tête que le viol, c'est un meurtre, une attaque contre l'âme profonde des femmes, une manifestation de mépris et de haine, une stratégie de domination, une façon d'instaurer la peur, une manière d'écraser et d'enlever la dignité. Le viol n'a rien à voir avec le désir sexuel, ou si peu. Il faut que les victimes cessent d'avoir honte, de se sentir coupables. Il faut surtout qu'elles essaient d'évacuer la peur. S'il est possible de s'en sortir, aucune thérapie n'en offre la garantie. Mourir à tue-tête s'ancre aux revendications féministes les plus pertinentes, les synthétise d'une manière admirable et en devient un excellent moyen de diffusion.

Générique

Générique

Production : Jacques Gagné et Anne Claire Poirier pour l'Onf
Réalisation : Anne Claire Poirier
Scénarisation : Marthe Blackburn, Anne Claire Poirier
Montage : André Corriveau
Musique : Maurice Blackburn
Photographie : Michel Brault
Son : Joseph Champagne, Jacques Drouin, Roger Lamoureux

Interprètes : Julie Vincent, Germain Houde, Paul Savoie, Monique Miller, Micheline Lanctôt, Michèle Mercure

Prix et honneurs

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