Un village où il ne faut pas s'arrêter
Le journaliste Flavien Juste s'ennuie avec les sujets banals qu'il doit couvrir pour son journal bas de gamme spécialisé dans les mystères -- jusqu'au jour où son patron l'envoie, avec son ami photographe, dans le village de Saints-Martyrs-des-Damnés, pour enquêter sur une série de disparitions. Un fantôme de jeune mariée et d'autres personnages étranges se multiplient devant lui, à commencer par les deux vieilles sœurs qui tiennent l'auberge où débarquent les deux coéquipiers. Quand son ami photographe disparaît à son tour, Flavien part à sa recherche, mais il risque lui aussi de se perdre dans les secrets morbides qui tiennent les villageois dans la peur.
Le « genre » en vogue
Avec son premier long métrage Saints-Martyrs-des-Damnés, le jeune réalisateur Robin Aubert (aussi connu comme acteur à la télévision) participe à la vogue des films de genre inaugurée au début des années 1980 par Yves Simoneau et portée par de jeunes et fougueux réalisateurs (Le dernier tunnel d'Érik Canuel, Sur le seuil d'Éric Tessier, Le Marais de Kim Nguyen, etc.). Plutôt que d'exploiter la franche horreur, Robin Aubert joue dans les registres du suspense, du fantastique et de la science-fiction. L'angoisse de Flavien prend une tournure de philosophie existentialiste et son histoire d'amour installe une pause poétique au milieu de son film : les amateurs invoquent l'influence de l'Américain David Lynch. Outre son titre, le film comporte quelques traits comiques : les deux sœurs aubergistes, notamment, sont richement incarnées par deux grandes dames de la comédie québécoise, Monique Miller et Monique Mercure. Hubert Loiselle y a aussi tenu son dernier rôle : il est décédé avant la sortie du film.
Le goût d'une génération
«Le fantastique fait partie de la vie, il est là depuis la nuit des temps, pourquoi ne pas l'utiliser ? Je suis tanné de l'attitude cloisonnée au Québec, comme si on était dans notre petite tour de Babel et qu'on devait toujours refaire les mêmes films. J'adore l'ONF, le cinéma direct est excellent, mais je viens d'une génération née avec une télé, avec De Funès, Leone, l'horreur, dans la tête. »
Robin Aubert, 2005