Un Texan dans nos campagnes
Venu du Texas, le Gros Bill arrive dans un petit village du Québec pour prendre possession d'une terre qu'il a reçue en héritage. Il y fera l'expérience de la vie saine, vertueuse et joyeuse de ses coparoissiens, et connaîtra quelques mésaventures dans la recherche de l'âme soeur.
Le Hollywood catholique
Le gros Bill est le deuxième long métrage produit par Renaissance Films, qui allait pallier la pénurie de films français au Canada dûe à la guerre. Disposant d'un grand studio à Montréal sur la rue Côte-des-Neiges, en face du cimetière, l'entreprise avait une vocation commerciale, mais aussi catholique : en 1939, l'homme d'affaires Joseph Alexandre DeSève fit appel à un prêtre français, l'Abbé Aloysius Vachet, qui avait déjà une longue expérience de tournage avec sa société FiatFilm, pour développer la production cinématographique au Québec. L'abbé Vachet est venu au Canada avec le réalisateur René Delacroix, qui coréalisera Le gros Bill avec Jean-Yves Bigras : les tournages ont eu lieu en studio à Montréal, et les extérieurs à Valcartier, dans la région de Québec. Entre 1944 et 1953, Renaissance Quebec Productions, fondée par Paul L'Anglais, et d'autres compagnies produiront ainsi une quinzaine de longs métrages, tous imprégnés de valeurs chrétiennes : ce sera Ti-Coq, La petite Aurore l'enfant martyre, Le père Chopin et d'autres, faisant de Montréal un pôle de la production cinématographique en Amérique. L'essor de cette industrie a été stoppée par l'arrivée de la télévision publique en 1952, mais J.A. DeSève a relevé la balle au bond : en 1961, il a créé la première télévision privée au Québec, CFTM, qui est à l'origine du réseau TVA. C'est Radio-Canada et le secteur français de l'Office national du film, dès 1956, qui emploieront les meilleurs cinéastes avant la résurgence de l'industrie privée, en 1969. Longtemps déconsidérés par les intellectuels, les films produits par Renaissance renferment une précieuse mémoire.