Cinéma Québécois

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À tout prendre

Genre(s)
Drame
Support(s)
35 mm / VHS
Durée
98 m / 55 s
Année de sortie
1963
Budget
60 000 $

L'apprentissage de la liberté
Claude, jeune cinéaste bourgeois de 30 ans, s'éprend de la belle Johanne, une Noire, mannequin, avec qui il noue une relation, n'en couchant pas moins avec d'autres amies. Johanne lui fait découvrir son homosexualité latente. Apprenant que Johanne est enceinte, Claude lui envoie, par la poste, une somme d'argent qu'elle pourra utiliser si elle décide d'avorter. Puis, il disparaît sans laisser de traces : peut-être s'est-il suicidé.   

Autoportrait sans pudeur
Deuxième long métrage de fiction de Claude Jutra (il avait réalisé auparavant Les mains nettes, pour la série « Panoramique » de l'ONF), À tout prendre est un autoportrait sans pudeur. Jutra est le produit de la bourgeoisie canadienne-française, un jeune intellectuel épris de liberté, qui recherche son identité de Québécois dans le reflet exotique d'une Noire, et qui donne libre cours à son homosexualité alors que la Révolution tranquille achève de dissoudre le carcan religieux dans lequel son peuple était enfermé depuis la Conquête.  Dur envers son Claude, Jutra le montre incapable de prendre ses responsabilités face à l'amour et à l'enfant à naître : les tabous sont vaincus, mais l'égoïsme est aussi un piège. La disparition de Claude, qui laisse penser à un suicide, fait un étrange écho à la fin tragique de Claude Jutra lui-même, qui fut retrouvé mort sur les rives du fleuve Saint-Laurent au printemps de 1987, plusieurs mois après sa disparition.

Une « nouvelle vague » québécoise ?
Par sa forme éclatée, alternant l'improvisation des acteurs à une narration très fournie, où la caméra, mobile, colle aux personnages à la manière « directe » de Michel Brault, où le fantasme et le symbolisme s'entremêlent à l'action,  À tout prendre est aussi un manifeste pour la liberté de création. Pour son premier long métrage indépendant, produit hors de l'Office national du film (ONF), Claude Jutra était inspiré par la Nouvelle Vague française lancée par Jean-Luc Godard, dont il se réclamait, et par François Truffaut, qui était son ami.

Film fondateur
François Truffaut admirait les artisans du « cinéma direct » québécois, qui savaient tout faire, et qui, dans l'esprit du travail d'équipe qui animait le secteur français de l'Office national du film à ses débuts, étaient tantôt réalisateurs, tantôt caméramans, tantôt monteurs.  Mais cette diversité des compétences s'exerçait dans le cadre expérimental du documentaire.  Il appelait de ses vœux la création d'un cinéma de fiction québécois où ces compétences pourraient s'épanouir. Ce voeu fut exaucé par son ami Jutra dont le film À tout prendre, aux côtés du film Le chat dans le sac de Gilles Groulx, constitue une révolution de forme et de fond et inaugura l'essor du nouveau cinéma québécois.  

À tout prendre et la critique
Oeuvre à la fois géniale et brouillonne, À tout prendre a fait école, pour le meilleur ou pour le pire. Jean Renoir et John Cassavetes l'ont louangé, tout comme Jean Cocteau, autre modèle de Claude Jutra, qui est mort peu de temps après sa sortie.

Générique

Scénario, mise en scène, montage : Claude Jutra
Production : Robert Hershorn
Interprété par
Johanne Harelle, Claude Jutra, Victor Desy, Tania Fedor, Guy Hoffman, Monique Mercure, Monique Joly, Patrick Straram, François Tassé
Caméra : Michel Brault, Jean-Claude Labrecque, Bernard Gosselin
Mixage sonore : Mikhaïl Belaïeff.
Participation spéciale au scénario : Johanne et Victor Désy
Musique : Jean Cousineau, Maurice Blackburn, Serge Garant

Prix et honneurs

1963, Grand Prix au Festival du cinéma canadien
1963, Prix de la presse internationale (Knokke-le-Zoute, 1963)
1964, Canadian Film Award pour la meilleure production

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