Où est Dieu?
1958. Un jeune intellectuel québécois de 25 ans, à peine revenu d'Éthiopie où il était allé enseigner, est engagé au service des versions françaises à l'Office national du film du Canada. Il y rencontre le premier peloton de réalisateurs québécois, les Michel Brault, Gilles Groulx, Claude Jutra, etc. Trois ans plus tard, Jacques Godbout est des leurs; avec George Dufaux, il signe Les Dieux, qui s'attache au parcours et au rôle symbolique des artistes dans une société où l'art est appelé à remplacer la religion. Ainsi commençait la carrière cinématographique d'un créateur multiforme, spécialiste des communications, qui marquera aussi durablement la littérature avec ses romans largement diffusés et abondamment primés.
Le Québec dans le monde
Participant à la grande quête identitaire des Québécois, Godbout montre une grande curiosité intellectuelle et un humour assez fin. Aimez-vous les chiens? mord dans la société de consommation; Derrière l'image analyse le monde des communications; dans Alias Will James, il raconte le singulier parcours d'Ernest Dufault, authentique cowboy québécois qui connaîtra aux États-Unis un énorme succès comme écrivain et illustrateur de romans « westerns ».
En fiction, Godbout dépeint une jeunesse francophone bourgeoise et américanisée dans Kid Sentiment; La gammick s'inspire d'un fait divers des années 1950, où un petit truand québécois croise la route de la mafia américaine. Il transpose à l'écran IXE-13, l'as des espions canadiens, parodie du héros éponyme des romans-feuilletons de Pierre Daigneault, où le collectif humoristique des « Cyniques » ridiculise les valeurs canadiennes-françaises dans des décors en carton.
Le spectacle de la politique
Jacques Godbout a grandi dans la politique. « Moi, dès que j'étais à table avec mon père, j'ai eu droit à des cours de politique, puisque j'avais un grand-oncle qui était premier ministre du Québec (Adélard Godbout, 1939-1944), ce qui faisait que tout article dans les journaux, toute décision légale ou illégale était commentée. L'avenir était aux libéraux. La politique, on en respirait matin, midi et soir. » La politique l'a happé. « C'est du théâtre, c'est du cinéma. Les ministres ont les rôles principaux, les députés ont les rôles secondaires… La critique, c'est l'éditorial dans Le Devoir ou dans La Presse. Le box-office, ce sont les élections ou les sondages. » Godbout restera aux premières loges du spectacle politique en suivant la carrière de son ami d'enfance, Robert Bourassa.
Une oeuvre immense
Jacques Godbout a dirigé la production française de l'ONF (de 1969 à 1970), participé à la fondation de a revue Liberté et de l'Union des écrivains québécois et fait partie du conseil d'administration des éditions Boréal. Avec une cinquantaine de documentaires, quatre longs métrages de fiction, une dizaine de romans, deux livres pour enfants, six recueils de poésie, six essais, Jacques Godbout est sans doute l'as des intellectuels canadiens-français…