De remplacement en remplacement
Frédéric Back est né en 1924 à St-Arnuald, dans la Sarre, un Land allemand qui était alors sous administration française, et dont la population s'est ralliée au Reich par référendum sous la pression de la propagande nazie. Son père, musicien, entraîne la famille Back à Paris, mais elle se réfugie à Rennes, en Bretagne, quand la guerre éclate. C'est à l'école des Beaux-Arts de Rennes que Back complète son éducation artistique, auprès du célèbre peintre de la marine Mathurin Méheut. Attiré par les grands espaces canadiens, il débarque au Canada en 1948, où il rencontre une correspondante du temps de la guerre, Ghylaine Paquin, qu'il épouse peu de temps après. Installé à Montréal, Back est engagé comme professeur à l'École du meuble, où il remplace Paul-Émile Borduas, congédié pour son Refus global. Avant même que Radio-Canada n'entre en ondes, il s'y fait embaucher comme lettreur, puis illustrateur, et il remplace le caricaturiste Robert Lapalme pour l'émission Le nez de Cléopâtre où il fait des dessins-rébus en direct. Il collabore à plusieurs émissions comme illustrateur : Les mystères de la planète, animée par Jean-Louis Millette, La science en pantoufles avec Fernand Séguin, et d'autres. Avec des moyens très rudimentaires, il crée aussi quelques séquences d'animation. Back se plaît à Radio-Canada au point de refuser une offre des Studios Disney, en Californie. En 1959, son collègue Gilles Carle quitte Radio-Canada pour entrer à l'Office national du film et Back le remplace au service des Arts graphiques. Après un stage en France, il intègre en 1968 le nouveau service d'animation que Radio-Canada a finalement décidé de mettre sur pied.
10 films, dont Crac
Artiste infatigable, Frédéric Back expose ses tableaux, milite pour la protection de la nature et travaille avec des architectes à des aménagements prestigieux; en 1967, il peint la verrrière de la station de métro Place-des-Arts, avec l'aide de René Derouin. Mais il développe aussi ses techniques d'animation à Radio-Canada. Entre diverses affectations, il réalise ainsi 10 courts métrages qui feront de lui l'une des plus grandes figures mondiales du cinéma d'animation. La création des oiseaux (1973) est récompensé aux festivals de Bratislava et de Yorkton; Illusion (1974) obtient cinq prix internationaux; Tout-rien (1980) est mis en nomination pour l'Oscar du meilleur film d'animation en 1981; c'est d'ailleurs tout juste avant son départ pour Los Angeles, alors qu'il termine le film Crac, que Frédéric Back se blesse à l'œil droit avec des vapeurs de vernis. L'année suivante, il remporte enfin la fameuse statuette pour Crac, l'histoire d'une chaise berçante, qui gagne une vingtaine d'autres prix dans le monde; ce film a été décrété 6e meilleur film d'animation dans une célébration présentée à Los Angeles pendant les Jeux olympiques de 1984. En 1986, l'Association internationale du film d'animation d'Hollywood présentait à Frédéric Back un Annie Award pour l'ensemble de son oeuvre.
L'homme qui plantait des arbres
Avec L'homme qui plantait des arbres (1987), Frédéric Back consolide sa réputation internationale : sa mise en images du conte de Jean Giono, dans lequel le mystérieux Elzéar Bouffier redonne vie à tout un pan des Alpes de Haute-Provence en plantant des chênes, récolte une quarantaine de prix et vaut à Back son deuxième Oscar. Inspirés par ce film, des gens planteront des milliers d'arbres partout sur la planète. Le dernier film de Frédéric Back, réalisé dans le même amour de la nature, appelle au respect d'un autre trésor menacé de la Terre : c'est Le fleuve aux grandes eaux, pour lequel Back reçoit sa quatrième nomination aux Oscars, et le Grand prix du Festival international du film d'animation d'Annecy, en 1993.
Retraité, Frédéric Back reste un artiste très productif et un défenseur toujours aussi ardent de la nature.
Extrait d'une entrevue accordée en 2001 par Frédéric Back à Jacques Languirand :
F. B. : J'ai toujours considéré que ce n'était pas des Oscars pour moi, mais des Oscars pour la nature, pour la Terre. Et l'Oscar de Crac! m'a permis de faire L'homme qui plantait des arbres, et l'Oscar de L'homme qui plantait des arbres m'a permis de faire Le fleuve aux grandes eaux. Bien trop souvent, les gens qui ont des honneurs débarquent après. En fait, ils se font acheter…
J. L. : Mais vous, vous n'êtes pas achetable. On a vérifié cela… (rires)
F. B. : (rires) Non. Je ne suis pas cher, mais je ne suis pas achetable…