Cinéaste du direct
Né en 1928, Michel Brault entre à l'ONF en 1956 comme caméraman sur quelques épisodes de Candid Eye. Le nom de cette populaire série restera celui d'une manière de tourner, où la caméra, très discrète, surprend la vie sans artifice, parfois à l'insu des personnages filmés, à l'aide d'une lentille de longue focale. Après avoir complété ses classes avec cette série, Brault, en 1958, devient un des leaders du secteur français de l'ONF, en coréalisant avec Gilles Groulx un petit film qui ne devait faire que quatre minutes. Le sujet est d'un intérêt très marginal : un congrès d'amateurs de raquettes à Sherbrooke. Mais les deux cinéastes le rendent très vivant avec une caméra mobile qui se mêle à la fête et avec la nouvelle technique du son synchrone en prise directe, qui fournit un environnement sonore très riche. Contre la décision de leurs patrons, qui ne voient pas d'intérêt dans leur démarche, Brault et Groulx le montent en cachette. Le résultat final est un film de 14 minutes, dépourvu de narration, qui deviendra le film fondateur de l'école prospère du « cinéma direct ».
Pour la suite du monde
Au Québec comme en France, Michel Brault devient le caméraman de référence pour ce nouveau type de cinéma avide de spontanéité et de naturel. Issu d'un milieu très aisé, il découvre avec plaisir la vie des petites gens et tous les sujets l'intéressent. Il collabore avec la plupart des cinéastes de l'âge d'or du direct, comme caméraman, directeur photo ou coréalisateur. Mais c'est avec Pierre Perrault qu'il réalise le premier grand classique du cinéma québécois, tous genres confondus : Pour la suite du monde. C'est le portrait épuré et saisissant des habitants de l'île aux Coudres, qui avaient accepté de reprendre la pêche traditionnelle au marsouin (béluga) pour les besoins du film. En 1971, il signe un autre grand classique du direct avec Pierre Perrault : L'Acadie, l'Acadie?!?, sur la contestation étudiante à l'Université de Moncton à la fin des années 1960. Seul ou en coréalisation, Michel Brault signera une quinzaine de documentaires et une série, avec André Gladu, Le son des Français d'Amérique.
Au service des plus grands cinéastes québécois
Michel Brault, reconnu comme un des meilleurs directeurs photo dans les jeunes cinémas nationaux signera les images de quelques-uns des plus grands films québécois : Mon oncle Antoine ou Kamouraska réalisés par Claude Jutra; Le temps d'une chasse et Les bons débarras de Francis Mankiewicz; ou encore Mourir à tue-tête, d'Anne-Claire Poirier. Son nom apparaît ainsi au générique de plus de deux cents films comme caméraman ou directeur photo.
Auteur majeur de films de fiction
Michel Brault, mûri par sa collaboration avec tant de cinéastes, réalise son premier long métrage de fiction en 1967 : Entre la mer et l'eau douce, sur l'ascension d'un jeune chansonnier très ressemblant à Claude Gauthier, le comédien qui l'incarne. Il réalise en tout six longs métrages de fiction, dont le plus connu est Les Ordres, brillante transposition des événements d'Octobre 1970 au Québec, film récompensé par le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, en 1975.
L'esprit léger
Collaborant avec le fabricant de caméras Éclair en 1960, Michel Brault privilégie la caméra à l'épaule et l'emploi du grand angle qui lui permet de travailler près des gens. En préparant Anne Hébert, documentaire réalisé par Jacques Godbout (2000), Michel Brault demande au responsable de l'ONF, coproducteur fournissant l'équipement de tournage, si l'un des deux camions qu'il mettait à la disposition de l'équipe avait une boîte à gants : « C'est pour mettre mon matériel », plaisanta-t-il.