Un Français bien adapté
Né dans le sud de la France, dont il conservera toujours «l'assent», Arthur Lamothe émigre au Québec en 1953. Tout en pratiquant divers métiers, il étudie en économie politique à l'Université de Montréal. Il écrit des critiques de film dans diverses revues : Images, Cité libre, Liberté. Il travaille quelques années à Radio-Canada comme recherchiste et rédacteur, nouant des amitiés avec plusieurs jeunes cinéastes québécois. En 1961, il entre à l'Office national du film en tant que scénariste. Puis, en 1962, il réalise Bûcherons de la Manouane, documentaire dans l'esprit du cinéma direct. C'est un coup de maître. Dans ce films se trouvent les deux lignes de force qui vont commander toute la suite de son cinéma : l'engagement sociopolitique et l'exploration des cultures amérindiennes.
S'informer pour agir
Les années 1960 sont marquées surtout par le désir d'engagement social. Après quelques courts métrages à l'Onf, il fonde sa propre compagnie pour se donner une totale liberté d'expression. Avec plusieurs jeunes cinéastes, dont Pierre Harel, Martial Filion, Alain Gélinas, il produit la série «Actualités québécoises» pour offrir une information alternative. Puis il réalise une série de six courts métrages, «Pour une éducation de qualité». Son engagement culmine avec Le mépris n'aura qu'un temps, long métrage sur le monde de la construction, commandité par la centrale syndicale Confédération des syndicats nationaux. Ce film demeure longtemps emblématique du cinéma politique.
Les amis amérindiens
Les 25 années suivantes sont consacrées en grande partie à des séries où Lamothe, en totale solidarité avec des communautés amérindiennes et en épousant leurs points de vues, expose de larges pans de leur culture, sans en oublier les dimensions politiques. Sa «Chronique des Indiens du Nord-Est du Québec» comprend treize films, réunis en deux séries : «Carcajou et le péril blanc» et «La terre de l'homme». D'autres longs métrages, Mémoire battante, La conquête de l'Amérique et L'écho des songes viendront approfondir certains volets de cet univers culturel.
Dire aussi par la fiction
Si Arthur Lamothe s'est exprimé surtout par le documentaire, il n'en a pas moins réalisé quatre fictions qui, à leur façon, reprennent sa préoccupation fondamentale de décrire comment tout destin individuel doit se comprendre dans une histoire sociale. Il collabore à la scénarisation de plusieurs films de son ami Gilles Carle, dont Dimanche d'Amérique, La mort d'un bûcheron, Les corps célestes. Il trace aussi les portraits de son ami Gilles Vigneault et d'un des plus célèbres photographes du passé, Ernest Livernois.